Les veillées de la compagnie Paroles de Sources constituent un moment partagé autour du conte, du chant et de la danse. Dans un cadre chaleureux, en disposition circulaire, avec une lumière douce et boissons et grignottes à partager, une conteuse et un musicien de la compagnie apportent les premières chansons et histoires pour lancer la dynamique. Dans un second temps, les participants sont invités à partager les leurs. Pour aider les participants à se lancer, un des membres de la compagnie passe individuellement auprès de chacun, l’interroge sur les histoires et chansons qu’il connaît, et ménage un créneau dans la suite de la veillée à celles et ceux qui le veulent. Le processus est fluide et rassurant. Deux ou trois fois durant la veillée, ceux qui le peuvent sont invités à se lever pour partager des danses traditionnelles collectives très simples, montrées par l’équipe et parfois par les participants eux-même.
Avant chaque veillée, un travail préparatoire est effectué avec les organisateurs pour identifier autant que faire se peut des histoires, chansons et danses qui ont du sens pour le territoire et les personnes concernées, ce qui permet à l’équipe de Paroles de sources de se préparer au mieux.
La fin de l’automne et l’hiver constituent des saisons privilégiées des veillées, pour se retrouver tôt, dès la nuit tombée. Au moment des châtaignes, elles pourront se faire autour d’une brasucade, selon les possibilités de la structure d’accueil.
Entre conte, chant, danse, repas partagé et moments d’échange informels, une veillée dure environ 3 heures 30. Le déroulement indicatif est le suivant :
19h00 : Accueil, apéritif
19h30 : Première séquence de conte, chant, danse
20h30 : Repas partagé
21h30 : Seconde séquence de conte, chant, danse
22h30 : Fin de la veillée
Chaque veillée fait l’objet d’un enregistrement remis à l’organisateur, qui peut s’il le souhaite le valoriser (remise aux personnes concernées et/ou leurs familles des histoires, témoignages ou chansons de chacun, utilisation pour une retransmission…)
Coût d’une veillée : 500 € + frais
En 2025 les veillées contées chantées dansées ont été soutenues financièrement par la CFPPA de Lozère (Commission des Financeurs de la Prévention de la Perte d’Autonomie)
Quelques témoignages vécus lors de veillées
Voici quelques extraits mélangés de moments vécus durant une année de veillées.
A la fin d’une soirée, S., 70 ans, nous confie : « C’est incroyable : je n’avais plus vu mon mari danser depuis 40 ans ! » Et lui, timidement, ajoutait en souriant : « Je me suis demandé ce que j’étais en train de faire ! » Mais il l’a fait, et avec plaisir !
Entre deux histoires, plusieurs personnes de plus de 90 ans retrouvent avec bonheur le chemin de la danse, en couple ou collectivement, au bras de leurs enfants ravis. Leurs pas mesurés, adaptés à leur force d’aujourd’hui, sont esquissés avec émotion.
F. (80 ans) commence à raconter une histoire de son enfance, qui lui demande un effort de mémoire : « Elle est loin, elle est loin, cette histoire ». Mais les détails reviennent et la conteuse improvisée gagne de l’assurance. Emportée par son enthousiasme, elle prend sans doute quelques libertés, car au milieu d’une phrase son mari lui fait des signes. « Quoi, c’est pas ça? ». Et voilà les deux époux qui engagent une battle de versions, pour le plus grand bonheur de l’assistance qui rit de bon cœur.
Après une histoire facétieuse traditionnelle de la vallée qui met en scène les aventures du loup et du renard, J., un participant d’origine portugaise qui s’est marié avec une cévenole prend la parole. Très ému il raconte une version très proche de cette histoire, qu’il a entendu au Portugal, dans son village quand il était enfant !
Vers la fin de la soirée, une jeune fille souffrant d’un handicap physique sévère se lève avec peine et d’un pas chancelant va se placer au centre du cercle. D’une voix faible mais volontaire, elle raconte une petite anecdote qu’elle a vécu lors d’un voyage. L’histoire en elle même est toute simple, de celles que nous vivons toutes et tous, mais le témoignage est poignant, et la morale de son histoire, aussi puissante que celle d’un conte, se conclut par « je crois que ça a été la plus belle soirée de ma vie ! ». L’assistance est saisie d’une émotion intense. Plus tard, la maman de la jeune conteuse nous dira que par peur du regard des autres sur son handicap, sa fille n’avait jamais osé parler en public. Avant de se lever, elle lui avait confié : « Je vais faire ce qui me fait le plus peur au monde ». Ce témoignage a ému profondément P. (75 ans), l’une des organisatrices de la soirée, qui va à la fin de la veillée parler longuement avec la jeune femme et prendre sa mère dans les bras.
La veillée est terminée. On s’est dit merci mutuellement, l’assemblée commence à se lever quand J. (80 ans), se décide soudain : « Et moi je vais vous en raconter une ! ». Tout le monde se rassoit, ravi ! Il faut dire que le père de J. était un conteur reconnu dans les environs, il avait été longuement interviewé par Pierre Laurence, ethnologue et collecteur de vieilles histoires dans les vallées cévenoles, mais Jeannot dit qu’il n’a pas hérité du talent de conteur de son père. Et pourtant, ce soir il nous raconte d’une voix puissante un souvenir d’enfance très touchant, qui parle de solidarité, et conclut : « Et c’est comme ça qu’on vivait, et ça s’est beaucoup perdu maintenant ! »
Ce soir, le petit groupe est très homogène, composé d’une douzaine de femmes et d’un unique homme. Pendant l’apéritif d’accueil, l’ambiance est plutôt feutrée, presque timide. Par petits groupes, les gens parlent à voix basse, comme pour ne pas déranger. Juste avant le début de la première séquence arrive un trio souriant : C. (la quarantaine), sa mère, et surtout, son fils, un petit bonhomme de 17 mois. « C’est une de ses premières sorties du soir, ce sera compliqué de rester longtemps, on verra combien de temps il tiendra », prévient la mère. Tandis que ce plus jeune participant à la soirée commence à explorer la salle à quatre pattes, une onde joyeuse traverse l’assemblée et ne la quittera plus. Toute la soirée (car il « tiendra » finalement les 3 heures!) sera transformée par sa présence, qui fait du bien. Chacune de ses interventions sonores allume des sourires sur tous les visages. À la pause, une chanson collective s’improvise autour de lui.
J. (75 ans) prend à son tour la parole et raconte un étonnant souvenir de boucles d’oreilles perdues et miraculeusement retrouvées plusieurs dizaines d’années après. Elle nous confiera un peu plus tard que c’était la première fois qu’elle racontait cette histoire, et que depuis elle l’avait racontée à sa petite fille. « Quand mon mari est là, c’est lui qui parle. Et moi je préfère me taire. Mais on a traversé des choses difficiles ces dernières années et maintenant je crois qu’il faut que je profite plus de la vie, et que je prenne ma place ». Et elle y est, à sa place, en racontant son histoire : sa voix est claire, posée. Elle met de l’intensité dramatique dans son récit. Elle invente des images qui parlent à tout le monde. Sur le vif, elle improvise une chute très drôle qui fait rire tout le monde. On a l’impression d’assister à la naissance d’une conteuse. On le lui dit. Elle rit. Qui sait ?
Cette autre veillée a pris une couleur particulière, celle des souvenirs personnels, qui ont été nombreux à être ravivés et échangés ce soir là. M. (75 ans), raconte comment, il y a 50 ans, une veille dame du village n’avait pas voulu céder sa maison à leur jeune couple, puis des années plus tard, partie en EHPAD, leur a offert tout l’attirail traditionnel de gestion de la cheminée, en signe d’acceptation et de reconnaissance. L’assistance connaît les protagonistes mais entend l’histoire pour la première fois. Encouragée par son émotion d’auditrice et par la qualité d’écoute, une femme un peu plus jeune prend la parole à son tour pour raconter comment à son arrivée dans le village, quelques décennies plus tôt, elle aussi a reçu un cadeau qui l’a énormément touchée et l’a encouragée à s’installer ici. Le généreux donateur n’était autre que… M., le témoin précédent, qui reçoit avec le sourire ce témoignage-hommage jamais encore entendu. Ce soir, nous mesurons vraiment combien ces veillées, en plus d’activer la mémoire, font du bien – et du lien – dans une communauté villageoise. Demain, un petit quelque chose aura changé lorsque les participants à cette soirée se croiseront dans la rue.
A. ( 75 ans) hésite un peu, puis se lève pour prendre la parole, mais il tient à nous avertir à l’avance : « Je ne sais pas si je vais être capable d’aller jusqu’au bout parce que c’est dur ! » Et pourtant, il nous raconte un très beau souvenir, plutôt lumineux de l’avis des auditeurs : comment, à l’Hôpital psychiatrique de Saint Alban il a connu un homme bien « dérangé », qui s’était soigné en pratiquant un art brut salvateur, et avait déclenché une vocation professionnelle chez un jeune des environs, comme en témoignait un vieux courrier oublié de ce jeune, retrouvé des décennies après. Un vrai scénario de film !
J. (75 ans) à sa femme P. (72 ans), après que celle-ci se soit laissée entraîner (avec un plaisir manifeste !) dans une danse collective endiablée : « Ma pauvre, mais qu’est-ce qu’ils t’ont fait faire encore ! ». Il est vrai que J. avait de quoi être étonné : P. n’avait pas dansé depuis bien longtemps.
Parfois, la parole a un peu de mal à se libérer. Ce soir, les gens sont timides. Lorsque, comme à chaque fois, nous allons vers eux au début de la séance pour leur demander s’ils ont envie de partager quelque chose (une histoire, une chanson, un poème, une anecdote…), ils ont tous une « bonne » raison de ne pas se lancer : « Ouhla, mais je sais pas raconter, moi », « Parler devant des gens, ce n’est pas possible », « Si mon mari était là, il vous en dirait », « Je suis juste venu pour écouter », et enfin « Allez voir D., lui il connaît plein d’histoires ». Renseignement pris auprès du D. en question, il est spécialisé dans les histoires salaces. Heureusement, il en arrive lui-même à la conclusion que ce serait hors sujet ce soir. Ouf ! (il faut parfois gérer ce genre de proposition) … La soirée démarre donc, essentiellement alimentée par des contes, chants et danses proposés par nous-même, à une exception près : M. (69 ans) raconte plusieurs souvenirs d’enfance au village. Alors que c’est une première fois pour elle, elle se révèle fine conteuse, sachant enrober les faits d’images parlantes. Elle réussit même à improviser pour chacune de ses anecdotes une chute drôle ou émouvante. Une nouvelle fois une conteuse est peut-être née ce soir. Touchés par la proximité de ce qu’elle raconte avec leurs souvenirs personnels, les gens de l’assemblée hochent la tête ou rient, complices. Ils vivent dans le même village mais ont rarement pris ce temps d’échange autour du pas
Alors que la veillée se termine par deux danses collectives et que les lumières sont rallumées, M. (79 ans), qui n’avait pas souhaité participer, s’écrie : « Ça y est, maintenant j’ai quelque chose à raconter ! ». Les histoires de T. l’ont mis en confiance. Les gens sont déjà en train de se rhabiller, alors nous écoutons sa courte anecdote debout. Il en aurait d’autres, bien sûr, et plusieurs des participants aussi… mais il est déjà tard, bien au-delà des 22h30 annoncées pour la fin. On décide de se revoir pour une autre veillée.
Cette veillée est un peu différente : bien que portée par une association, elle se déroule chez l’habitant. B. et J? (deux frères de 75 et 78 ans) sont ravis d’accueillir l’assemblée dans leur grand salon rustique, autour d’une large cheminée dans laquelle commencent à griller des châtaignes qu’ils ont réussi à ramasser malgré la saison déjà tardive. L’ambiance est particulièrement chaleureuse : les participants sont heureux d’être là et ont le sentiment de faire partie du cercle intime de nos deux hôtes. L’épisode cévenol qui se déchaîne dehors n’a pas découragé les participants qui ont bravé les trombes d’eau pour atteindre ce bout du monde, et maintenant on se sent bien, à l’abri et au chaud. Au milieu de la soirée, une large flaque commence à s’étaler devant la porte. En vieux cévenols habitués, personne ne s’inquiète, mais ce micro événement déclenche des commentaires de toute part, chacun.e y allant de son anecdote personnelle à propos des intempéries du passé ayant entraîné force rivières gonflées, ponts emportés et maisons inondées… La vie en Cévennes, c’est comme ça, c’est normal !
A. (80 ans) est ravie de nous recevoir chez elle, dans ce minuscule hameau perché à flanc de montagne. Les ami.e.s qu’elle a invité.e.s ne sont pas dépaysées, et les autres sont étonnés et touchés d’être ainsi accueillis dans l’intimité d’une personne qu’ils ne connaissent pas (encore). Il résulte une ambiance presque familiale au cours de laquelle la participation est à son comble : A. nous parle de l’origine de sa maison et du tournage du film « Les Camisards » en 1970 qui y a laissé quelques traces, sa voisine A. nous raconte ses « petits bonheurs » d’institutrice, tandis que son jeune fils, encouragé par les quelques joyeuses danses collectives venues ponctuer la soirée, fait une démonstration très applaudie de hip hop au milieu du salon, on apprend même de la bouche de G. (84 ans), une légende liée au village : du temps des Camisards on y aurait fondu des balles en or, trouvé dans le ruisseau qui coule sous le village, pour lutter contre les Dragons du roi ! Ce soir là on a entendu la voix de presque tous les participants !
Voilà la troisième fois que nous venons dans ce village cette année ! Une partie des anciens de la commune ne sont pas venus aux veillées précédentes car ils craignaient de sortir la nuit. Mais comme de nombreuses personnes leur ont parlé de ces soirée, ils ont voulu avoir la leur… mais à des conditions qui leurs conviennent mieux ! L’association qui les regroupe, nous a donc demandé une formule originale : à 14 heures… et dans le temple du village. Le lieu est naturellement beaucoup trop grand pour la petite vingtaine que nous sommes, mais l’atmosphère est chaleureuse dans ce lieu tout de bois habillé. Une forte réverbération sonore donne aux histoires et aux chansons des accents épiques. La durée prévue de une heure se transforme rapidement en 1 heure et demi car, malgré le fait que nous n’ayons pas eu la possibilité de faire notre apéro accueil et recueil de propositions, plusieurs personnes viennent enrichir au pied-levé nos propres récits et musiques. Et la bonne surprise continue avec le goûter qui s’ensuit, de l’autre côté de la rue : pendant une demi-heure, nous chantons, un mélange de grands classiques apportés par nos soins et interprétés collectivement, et de chants plus personnels proposés par de nombreux participants. A 17 heures, c’est finalement la baisse de la luminosité extérieure qui réussit à faire se séparer cette assemblée qui aurait pu durer encore longtemps. À coup sûr, on n’a pas fini de parler des veillées dans le village
